Metz : un pizzaiolo au four et au moulin pour les personnels de santé

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Frédéric Pierre est pizzaiolo depuis 2010. Installé depuis 8 ans rue du Général Metman, à Metz-Actipôle, le gérant de la Pizzeria Le 39 donne de son temps depuis le début du confinement pour produire gratuitement et offrir ses pizzas aux personnels de santé de la région messine. Ainsi, les personnels de santé de l’Hôpital Mercy, Robert-Schuman, Legouest, Sainte-Blandine, Belle-Isle, de l’EHPAD Saint-François de Marange et de l’Hôpital de Jury ont pu déguster les pizzas de Frédéric.
Depuis quand êtes-vous à la tête de la pizzeria Le 39 ?

J’ai ouvert ma pizzeria en 2010 dans un bungalow de chantier à la Grange-aux-Bois. Deux ans plus tard, j’ai emménagé dans les anciens locaux d’Opel, rue du Général Metman, en face de l’Hôpital Robert-Schuman à Metz. Si j’avais su…

Vous avez annoncé via une publication sur Facebook votre volonté d’offrir des pizzas aux personnels de santé. Comment est née cette idée ?

Dans un premier temps, je voulais écouler le stock de matière première pour éviter de jeter à la poubelle quoi que ce soit. J’ai une certaine éducation, ça ne me viendrait pas à l’idée de jeter. J’ai déjà fait don de mes pizzas par le passé, à la veille de vacances, notamment en hiver pour des associations comme « Action Froid ». Quand j’ai vu l’ampleur de la demande et le nombre de commentaires, je me suis senti ridicule avec mes quelques dizaines de pizzas à écouler… Le post que j’ai fait a été partagé 5000 fois ! C’est absolument énorme à mon niveau. J’ai donc décidé de continuer mon activité, mais uniquement pour le personnel soignant. Je dois tenir ça de ma maman, bénévole au Secours Populaire Français toute sa vie et encore bénévole aujourd’hui pour Metz Handball (rires).

Comment ont réagi vos clients ?

Je les ai prévenus que je fermais pour me consacrer aux différents hôpitaux de Metz. Je pense que cela a bien été accepté, même si certains iront sûrement chercher leurs pizzas ailleurs pendant cette période (rires).

Combien de pizzas avez-vous offertes depuis le début du confinement ?

Je n’ai pas compté, mais je dirais entre 300 et 400 pizzas. Une goutte d’eau quand on pense on nombre de soignants sur la région messine…

« Mettre notre savoir-faire et notre outil de travail au service de la collectivité est louable et signe de solidarité »

Comment faites-vous pour satisfaire un maximum la demande ?

On est pris dans une spirale… C’est impossible de faire plaisir à tout le monde, mais je m’organise pour essayer de faire le tour d’un maximum d’hôpitaux, et même d’EHPAD… Heureusement, je ne suis pas le seul à avoir eu cette idée. Domino’s Pizza livre des centaines de pizzas et le Vénezia à Woippy s’y est mis également, par exemple. Je regrette que la majorité des pizzerias ait décidé de fermer. Nous sommes tous en difficulté financière, au même titre que la plupart des commerçants et artisans. Mais dans notre cas, nous avons la possibilité de continuer à travailler. J’ai mis mon salarié au chômage partiel pour limiter les charges fixes de la pizzeria et surtout les risques sanitaires. J’ai deux filles âgées de 4 et 5 ans, donc je fais en sorte de prendre le moins de risques possibles. Mais j’estime que mettre notre savoir-faire et notre outil de travail au service de la collectivité est louable et signe de solidarité.

Vous livrez vous-mêmes vos pizzas ?

Comme je suis seul, les hôpitaux trouvent toujours quelqu’un pour venir les chercher au 39. Si ce n’est pas possible, pour des raisons évidentes de sécurité sanitaire, j’ai la chance d’avoir beaucoup de particuliers qui proposent d’assurer les livraisons. Du coup, de simples citoyens sortent de chez eux uniquement pour faire le trajet pizzeria-hôpital et rentrer chez eux. Ça m’a vraiment étonné et ça prouve à quel point les Français savent être généreux quand il le faut. La solidarité et la générosité des gens m’étonnent tout autant que ceux qui ne pensent qu’à tirer profit de la situation, à vrai dire…

C’est-à-dire ?

D’un côté, certaines personnes proposent de m’envoyer de l’argent pour que je continue de produire des pizzas sans mettre en péril ma société. Un américain a même voulu me faire un virement bancaire quand il a vu mon post sur Facebook ! De l’autre, des gens me contactent pour me dire d’en profiter pour développer mon business de livraison car la demande n’a jamais été aussi forte… C’est comme ça, c’est représentatif de la société dans laquelle nous vivons. Chacun a sa propre vision du monde et agit en conséquence.

Combien de pizzas produisez-vous par jour ?

Je réalise 6 ou 7 sortes de pizzas différentes pour contenter un maximum de monde et je propose entre 50 et 100 pizzas par jour depuis le début du confinement, mais je ne vais pas à la pizzeria tous les jours. Je dois aussi assurer la garde de mes filles car ma compagne essaie de faire du télétravail. Ce n’est pas évident avec les enfants, je n’apprends rien à personne là-dessus (rires).

Et comment faites-vous pour trouver votre matière première ?

Mes fournisseurs ont du mal à être réapprovisionnés sur certains produits frais comme les champignons, le tomates, les poivrons.. A part les grandes chaînes qui ont leur propre centrale d’achat, les artisans font avec ce qu’on leur propose. Ce qui est bien, c’est que les rayons bio sont encore bien garnis et, comme je travaille de plus en plus avec ce type de produit, je trouve encore de quoi faire, mais ça devient compliqué de se fournir, quoiqu’on en dise officiellement…

« Si je veux continuer pendant toute la période du confinement, il faudra trouver une solution »

Vous limitez les charges fixes et, au-delà de la matière première, vous faites surtout don de votre temps. Mais financièrement, qu’en est-il réellement ?

Le temps, nous l’avons tous. Et puis, le Président de la République a lui même parlé d’état de guerre. Or, j’ai souvenir qu’à l’époque, en temps de guerre, toutes les entreprises jouaient le jeu pendant l’occupation et que la solidarité était le maître-mot pour que le peuple s’en sorte. Mais les charges, c’est le problème. Les charges variables sont proportionnelles au nombre de pizzas que je continue de produire, sans rentrée d’argent pour le coup. C’est pour ça que je limite les types de pizzas pour ne rien gâcher et optimiser le coût de production. Si je veux continuer pendant toute la période de confinement, il faudra trouver une solution, c’est clair. Comme je l’ai dit, des clients me proposent de m’envoyer de l’argent. Quelqu’un m’a conseillé de créer une cagnotte Leetchi pour financer les achats de matière première. Je connais aussi des personnes qui vont demander à des restaurateurs luxembourgeois s’il leur reste du stock de produits frais, puisqu’ils ont été contraints de fermer il y a seulement quelques jours. Les boîtes coûtent chères, le bois un peu moins, mais il en faut quand même… Je pense qu’avec peu de ressources, une certaine solidarité et quelques bonnes idées, il y a moyen de continuer l’action jusqu’à la fin du confinement.

Et quand vous n’avez pas le nez dans vos pizzas, comment se passe le confinement avec votre famille ?

On a la chance de vivre dans une maison à la campagne avec un jardin. En cette période de confinement, c’est un privilège. Du coup, ça se passe plutôt bien pour le moment, même si ce n’est pas simple d’occuper mes deux filles du matin au soir. Surtout sans télé, parce que nous sommes contre.

Propos recueillis par Florian Tonizzo.

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