Mercredi 5 août

Metz : Covidon France, une plateforme pour venir en aide aux personnes dans le besoin

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Les actions de solidarité se multiplient à travers la France depuis le début du confinement. Dans la cité mosellane, Entraide Metz a vu le jour à l’aube du confinement pour venir en aide aux personnes vulnérables. Aujourd’hui, la page Facebook a été renommée Covidon France et la plateforme fonctionne désormais via un site internet à l’échelle nationale : https://covidon.fr. Bruno Sagnardon, développeur web spécialisé en e-commerce, est à l’origine de ce projet. Le président de l’association Coworking Metz nous dévoile les dessous de ce mouvement de solidarité.

Comment est née l’idée d’une plateforme d’entraide ?

D’un tweet d’une personne à Blois qui cherchait de l’aide pour sa mère qui habite à Metz. Sa mère suit un traitement lourd et elle ne pouvait pas se déplacer pour faire ses courses. Cette personne a un peu lancé une bouteille à la mer… On était nombreux à répondre et à ce moment-là, je me suis demandé : « mais combien sont dans ce cas-là ? ». J’ai commencé à décliner la problématique : les personnes âgées, les femmes enceintes, quelqu’un qui a une jambe cassée…

Je me dis qu’il doit y avoir beaucoup de personnes qui sont dans cette situation. J’ai navigué sur Internet pendant trois ou quatre heures et je n’ai trouvé aucun outil dédié à ça, permettant de trouver une personne digne de confiance prête à donner de son temps pour rendre un service. Evidemment, il y avait des propositions sur d’autres plateformes déjà existantes comme Leboncoin, mais moyennant rémunération. Là, je me dis qu’il faut le faire, qu’il faut se lancer. C’était un petit challenge au départ, c’est parti comme ça.

Comment ça fonctionne ?

Pour s’inscrire, il faut trois éléments : un prénom, un nom qui est anonymisé ensuite sur le site et un e-mail pour pouvoir contacter les personnes. Ensuite, on choisit le service que l’on cherche parmi une liste d’onze éléments : faire les courses, sortir le chien, sortir les poubelles, amener ou rédiger le courrier, accompagner quelqu’un chez le médecin, l’aide aux devoirs, garder les enfants… J’ai tenté d’éliminer les problèmes des autres plateformes : je ne voulais pas une offre sans demande et inversement. La personne qui propose son aide s’inscrit également sur le site. Ensuite, la personne dans le besoin peut contacter un aidant via une messagerie interne. C’est beaucoup plus facile de contacter une personne qui propose son aide. Donc l’idée, c’était d’aller directement à la réponse à un besoin et de mettre directement en relation les personnes qui proposent leur aide avec celles qui en ont besoin.

J’ai un côté utopiste mais je crois encore que des personnes sont capables de filer des coups de main de manière totalement désintéressée. C’est ouvert à toute la France. Surtout que l’idée est venue en voyant une personne cherchant de l’aide pour sa mère à cause de la distance.

A qui cela s’adresse-t-il ?

C’est dédié aux personnes vulnérables. On cible aussi bien la personne senior, la personne qui a eu un accident grave, qui ne peut pas bouger et qui vit seule, les personnes handicapées, les femmes enceintes… Il y a également les personnels de santé et les boulangers, par exemple, qui n’ont pas forcément le temps d’aller faire leurs courses ou de s’occuper de leur courrier. Il peut aussi y avoir des jeunes de 26 ou 27 ans qui ne veulent pas prendre de risque et veulent de l’aide. Le plus gros problème, c’est que certaines personnes, notamment les plus âgées, peuvent être moins à l’aise avec l’informatique.

Quelle est la solution pour ces personnes, en difficulté avec l’outil informatique ?

Malheureusement, je n’ai pas la réponse et dieu sait que je connais la problématique de la barrière numérique. J’ai bon espoir que les enfants, neveux, nièces ou petits-enfants sauront demander de l’aide à leur place.

Pour l’instant, vous avez eu beaucoup de demandes ?

Sur Metz, il y a entre 80 et 85 personnes qui ont proposé leur aide pour le moment.

« Ça me motive bien le matin au réveil et ça me motive même, parfois, à ne pas me coucher le soir. »

L’outil est entièrement gratuit et sans publicité. Pourquoi ?

C’est mon apport et mon acte de solidarité pendant cette période de confinement. Le site ne sera jamais monétisé. Pour le développement et les serveurs, c’est de ma poche. Ça me fait un bon projet pendant ce confinement, ça me motive bien le matin au réveil et ça me motive même, parfois, à ne pas me coucher le soir.

Vous êtes président de l’association Coworking Metz, vous faites partie d’autres associations et vous êtes également famille d’accueil pour les chiens guides d’aveugles et déficients visuels. Oeuvrer pour les autres, c’est un peu votre seconde nature…

C’est ça ! Il y a souvent une belle ambiance et, en cette période, les gens s’aperçoivent de nouveau qu’il y a un voisin en face, qu’on peut se filer des coups de main sans forcément parler d’argent. Et intégrer cet esprit dans le numérique, c’est plutôt cool.

En tant que développeur web, c’était plus facile pour vous de vous lancer ?

Je ne me serais jamais lancé si je n’étais pas déjà dedans. J’aurais fait autrement, c’est sûr. J’aurais essayé de faire du graphisme ou j’en aurais parlé à des personnes susceptibles de le faire. Les trois ou quatre premiers jours, j’étais seul. Je prenais le pouls, la température. Et pendant 4 jours, j’ai codé, codé, codé… J’ai montré le résultat à mon cercles d’amis et à des personnes de mon association. J’ai eu de super retours, ils étaient très enthousiastes. Ils ont eu des idées, des questionnements, ce qui a permis de recentrer la chose. Depuis, j’ai intégré un graphiste bénévole de mon association qui a donné du punch au site. Il y a également un autre développeur qui m’a aidé sur certains éléments plus techniques qui demandaient de la ressource. Mais surtout, ils ont donné de leur temps pour mener à bien ce projet.

« Pourquoi pas aller plus loin… »

Quels sont les axes d’amélioration ?

Ils sortiront mercredi ou jeudi. On va mettre en place un système d’avis et de « notation », bien que je n’aime pas cette appellation. Ensuite, on aimerait instaurer un système de badges pour les personnes dites « de confiance » pour identifier les comptes certifiés. Sur Metz, je connais une vingtaine de personnes que je peux valider moi-même et dont je peux me porter garant de la fiabilité. Sur d’autres villes, on pourrait nommer des référents ou alors imaginer un système de pièce d’identité.

Une fois que le confinement sera terminé et que la vie normale aura repris son cours, il y aura toujours des personnes seules et ayant besoin d’aides pour leurs effectuer leurs tâches. L’outil sera-t-il toujours disponible ?

Au départ, quand j’ai créé ça, j’avais prévu que le site s’éteigne à la fin du confinement. Mais tout le monde autour de moi adore le concept alors, je ne sais pas trop… Je vais déjà retirer les phrases sur le site disant que le site ne sera plus disponible après le confinement. Pourquoi pas aller plus loin, travailler avec la mairie de Metz ou l’agglomération messine… Et si l’outil perdure, il pourrait même y avoir une application. Mais ça ne sera jamais monétisé, ce n’est absolument pas le but.

Propos recueillis par Florian Tonizzo.

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