Confinement : les livraisons à domicile de produits locaux explosent

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Après la ruée dans les supermarchés, menant à la pénurie de certains produits, nombreux sont les consommateurs à s’être tournés vers les commerces de proximité mais aussi les producteurs locaux. Avec la fermeture des cantines, des restaurants et des marchés, ces derniers ont du s’organiser pour pouvoir écouler leur marchandise et beaucoup doivent aujourd’hui faire face au défi de la livraison à domicile. Exemple avec un éleveur et une maraîchère.

Du maraîchage…

Dès l’annonce du confinement et de la fermeture des marchés, la maraîchère Iris Bertelle, figure bien connue des chalands messins, mobilise son réseau et ses méninges. Hors de question pour elle de laisser tomber une clientèle fidèle, hors de question aussi de céder sa marchandise à la grande distribution. Alors qu’elle se retrouve avec plusieurs centaines de kilos de produits frais sur les bras, cette ancienne commerciale déploie ses talents de logisticienne et décide de se lancer dans la livraison de panier de légumes, avec le soutien de 4 bénévoles.

« Si on avait pas eu cette réactivité là, on aurait perdu toute notre clientèle de particuliers, ce qui représente 50% de nos débouchés soit près d’un millier de clients. J’ai très vite aussi sollicité un fermier vosgien pour livrer de la viande et des oeufs. Ma mère m’a même dit : avec toi, on aurait eu des super tuyaux pendant la guerre, on n’aurait pas eu faim…(rire) ! »

Mais très vite, Iris est victime de sa grande générosité. Dès la première semaine, les commandes pleuvent : 200 en moins de 2 jours, 400 la deuxième semaine. Qu’à cela ne tienne, elle et son mari mettent les bouchées doubles et travaillent sans relâche 7 jours sur 7, de 7h à 23h. «Urgence alimentaire bonjour » répond-elle au téléphone avec une pointe d’humour… qui se teinte bien vite d’ironie car la maraîchère constate très vite des abus qui l’agacent.

« Je me suis faite dépassée, mais ce qui m’agace ce sont ceux qui nous demandent de les livrer parce qu’ils regardent des séries à la télé et que je vois ensuite sortir pour s’acheter des cigarettes. Il y a eu des abus et des commandes farfelues » Aujourd’hui Iris est contrainte de prioriser les demandes. En lien avec le CCAS de Metz, elle livre en priorité les personnes âgées, fragiles ou isolées, puis celles qui ne peuvent pas se déplacer car sans mode de locomotion.

« Ce qui m’importe  dans ma démarche, c’est la solidarité humaine. En ces temps de crise, quand on est valide, on ne peut pas penser qu’à soi. Il faut penser à ses voisins âgés. Je ne me tournerai pas vers la grande distribution. J’ai besoin du rapport humain avec mes clients et je ne profite pas de la crise pour augmenter mes prix. »

L’exploitation du GAEC Jungling , c’est 6 hectares exploités par le mari d’Iris, Pierre Jungling. Iris propose aussi d’autres produits en lien avec d’autres producteurs français et même des pâtisseries. Titulaire d’un CAP en la matière, elle trouve en effet encore l’énergie de cuisiner des muffins et autres bonnes choses en soirée pour le bonheur de ses clients confinés.

Point de vente à l’exploitation,  129, route de Woippy à Metz Devant-les-Ponts : du mercredi au samedi de 9h30 à 12h

à l’élevage…

La livraison à domicile, la famille Brier de Rochonvillers connaît bien. Eleveurs de charolaises, père et fils livrent leurs clients à domicile depuis 18 ans déjà, une activité qui s’est largement intensifiée depuis le début du confinement.

«  Suite à une campagne publicitaire sur les réseaux sociaux, et son partage sur la page de MOSL Sans Limite, nous savons reçu 100 à 120 commandes en 2 semaines, ce qui représente l’abattage et la transformation de 8 à 10 bêtes. On recense environ 70% de nouveaux clients, un pic d’activité, comparable à la période avant Noël. » explique Nicolas Brier, le cadet de la famille qui gère les livraisons et pour qui la situation est sous contrôle. « Notre expérience fait que pour le moment on arrive à gérer. »

Leur colis sont vendus par lot de 6,5 kg à 20kg, des quantités qui peuvent en temps normal freiner le consommateur. « Mais avec le confinement, les gens cuisinent plus à la maison et pour plus de monde… et ceux qui achètent se rendent compte que ces quantités s’écoulent bien et surtout ils retrouvent une qualité de viande qu’ils ne connaissaient peut-être plus. » 

L’inquiétude est cependant venue de la suspension des commandes des collectivités. La famille livre habituellement 50 collèges et lycées par an, un débouché qui s’est brutalement stoppé. « Heureusement, cette perte a été en partie compensée par une forte hausse des ventes de steacks hachés surgelés, dans les grandes surfaces. » En effet, depuis 8 ans, la famille fournit aussi localement plusieurs supermarchés.

D’une manière générale, la famille constate un élan de solidarité et un intérêt particulier des consommateurs à leur égard. « On a eu des appels pour venir travailler sur la ferme. Vu qu’on n’a pas spécialement besoin de plus de main d’oeuvre, on les a redirigé vers les maraîchers. Beaucoup de gens nous ont dit aussi qu’ils commandaient chez nous par solidarité. Ça fait chaud au coeur »

Gaële Thisse

Les bonnes adresses des producteurs mosellans sont à retrouver dans le guide des artisans qualité MOSL

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